Le boulevard Jacquard s’appelait encore la Grande-Rue au début du 20ème siècle. C’est la route nationale n°1 de Paris à Calais. A la fin du dix-septième Siècle, c’est-à-dire, il y a un peu plus de deux cents ans, cette route que l’on appelait déjà la Grande-Rue était en bien mauvais état, à l’entrée de la ville. C’est à cette époque que M. de Laubanie, maréchal des camps et armées du roi, la fit soigneusement empierrer. Jusque là, nous dit l’historien de Calais, c’était « un chemin presque impraticable » pour parvenir à Calais. Les voitures étaient forcées, afin d’y arriver sûrement, de se soulager de la moitié de leur charge. Les temps sont bien changés !
En 1659, le duc de Charost, gouverneur de Calais, fit édifier dans la Grande-Rue une tour « pour y avoir un guetteur, y placer une horloge et la cloche du tocsin, et dans le fond avoir une prison pour y enfermer provisoirement ceux qui, dans les cas fortuits et pendant la nuit, seraient susceptibles de cette punition, jusqu’à ce qu’ils fussent transférés dans celle de la ville .»
Cette tour et son horloge étant situées près du pont de la Grande-Rue, ce pont ne tarda pas à s’appeler le « Pont de l’Horloge ». Je rencontre cette appellation dans un acte de décès du 4 juin 1698.
On répara la tour en 1731 ; on fit aussi des réparations à l’horloge en 1774 ; mais l’édifice fut totalement renversé par un ouragan survenu dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1779.
Le 7 avril 1782, les marguilliers de Saint-Pierre se sont assemblés, « immédiatement après vêpres, au son de la cloche pour délibérer si l’horloge était utile, et la faire rebâtir. » Après avoir recueilli les voix, ils ont trouvé que la plus grande partie des habitants ont répondu qu’elle n’était pas nécessaire. En conséquence, on autorise Jean-Marie Wuillaume, marguillier en charge « de vendre la dite horloge et tous les matériaux au profit de la communauté, et de faire poser la cloche à la tour de l’église pour une troisième, et à faire sur l’ancienne tour une chambre pour qu’elle serve de prison comme de coutume. »
Un pont en maçonnerie remplaça, en 1785, le pont en bois qui existait auparavant sur la rivière de l’ « Abîme », que l’on appelait jadis « la rivière qui conduit à l’horloge. » En 1791, la municipalité décide que l’on fera couper les herbes de « la petite rivière dite de l’horloge. » En 1801, on s’occupe des inconvénients d’insalubrité qui résultent du manque d’écoulement de l’eau de la rivière « qui traverse le quarré. »
Ce n’est qu’en 1858 qu’il est question d’établir des trottoirs dans la Grande Rue. Le pavage ne se fit que plus tard. De beaux ormes dont nous avons connu l’ombrage, il y a une cinquantaine d’années – ô souvenirs du bon vieux temps ! – s’alignaient de chaque côté de la principale artère du Saint-Pierre d’alors. On les a remplacés par des marronniers qui ne nous protégeront peut-être pas de si tôt contre les rayons du soleil !