Sous l’occupation anglaise, c’était la Saint-Nicolas Street, car elle conduisait à l’hôpital Saint-Nicolas. Elle se prolongeait jusqu’au centre d’un quartier magnifique sur l’emplacement duquel fut construite la citadelle. Après la reconquête de Calais en 1558, elle s’appela un moment rue Royale, puis ce fut la rue de la Citadelle, car elle aboutissait à la citadelle construite à partir de 1561.
Dans sa séance du 1er décembre 1951, le conseil municipal voulut honorer la mémoire de l’un des siens et donna à cette rue le nom d’André Gerschel (1880-1944) que l’on écrit à tort avec un deuxième l à la fin. Conseiller municipal, puis adjoint au maire, M. Gerschel fit fonction de maire dès la déclaration de guerre à l’invasion allemande. Il eut une conduite patriotique, exemplaire et courageuse, à l’image de celle qu’il avait eue à la guerre 1914-1918 d’où il était revenu avec la Légion d’honneur. Étant israélite, il fut chassé de la mairie par les Allemands. Lorsque s’organisa la chasse aux Juifs, il partit avec sa famille en zone non occupée. Quand celle-ci fut envahie à son tour, M. Gerschel se cacha mais il fut arrêté avec sa fille, Mme Odette Bader, 30 ans, veuve de guerre, et sa petite fille Françoise Bader, 8 ans. Tous trois furent déportés en Allemagne et disparurent dans les chambres à gaz d’Auschwitz, en février 1944, moins de quinze jours après leur arrestation.
Dans cette rue, encore baptisée rue de la Citadelle, une tragédie s’est produite, une nuit de bombardement, le 20 juillet 1918. Une bombe traversa les trois étages de l’immeuble du n°28, datant du XVIIe siècle, pour éclater dans la cave où s’étaient abritées quinze personnes. L’explosion fit sauter les voûtes, l’égout et une fosse d’aisance. Les quinze réfugiés furent ensevelis et broyés sous l’avalanche. Après sept heures d’efforts, les sauveteurs commencèrent à reconstituer les corps : des vieillards, de jeunes femmes, des enfants, des officiers anglais… Une chapelle ardente fut dressée rue Jean de Vienne. D’émouvantes obsèques furent faites aux victimes auxquelles s’associa une grande partie de la population.