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Place de l'Estran

On ne s’est peut-être pas souvent demandé pourquoi l’on avait donné ce nom à la principale place de notre faubourg maritime. Sur un ancien plan de Calais de 1690, ce que nous appelons aujourd’hui le rivage de la mer ou la plage est marquée « sable ou estran. »
Tout le monde sait qu’en anglais, de même qu’en allemand et en néerlandais le mot « strand » désigne le bord de la mer, la grève, la côte. Le Strand est une rue de Londres, ainsi nommée parce qu’elle est situé sur le « strand » ou rivage de la Tamise.
Un savant philologue, Johan Winkler, dans ses études sur les noms des lieux néerlandais en France, cite la « place de l’Estran », à Calais, comme une preuve de la persistance parmi nous des vieux noms germaniques.
La mer venait battre autrefois à l’endroit où aujourd’hui la place de l’Estran et le sable qu’elle laissait à découvert en se retirant s’appelait l’ »Estrand » corruption évidente du mot « strand ». Il y avait là aussi le fort de l’Estrand.           
Il y a longtemps que le faubourg maritime de Calais s’appelle le « Courgain ». Le terrier Miraulmont (1584) mentionne un marchand demeurant sur le Hâvre qui tient « une maison où pend pour enseigne, Les Trois Rois, sise au faubourg de Calais, au lieu dit Le Courgain.
La halle pour la vente du poisson qui existe au Courgain s’appelle ici le « Minck ». Cet utile établissement existait avant la Révolution et portait le même nom. Le Minck actuel a été ouvert en 1873.
En Flandre, on appelle Minck le lieu où se vend en gros, sous les yeux de la police, le poisson de mer aux poissonniers qui le revendent au détail. Ce mot vient du flamand (dialecte germanique) min qui signifie mien, à moi. Celui qui le prononce hautement, tandis que le crieur va en décroissant de prix avec une grande promptitude, devient adjudicataire des sommes qui sont en vente. Mincker c’est acheter du poisson au Minck en criant min ! (à moi !)
Il est à remarquer qu’à Calais beaucoup de termes de marine ou de navigation sont d’origine néerlandaise. Ils sont employés dans le langage courant et même dans le langage administratif. Il serait trop long de les énumérer ici. Mais je relève en terminant cette brève notice, puisque nous sommes sur la place de l’Estran, les dispositions de l’article 60 du règlement de police du 22 avril 1873 qui défend de jeter dans le ruisseau, ni partout ailleurs, les caques, écailles, ou débris de poisson.
En Français, on appelle caque une espèce de barrique où l’on met les harengs salés. A Calais, le mot caque a conservé le sens primitif du mot néerlandais (flamand ou hollandais) et signifie ouïes, mâchoires.

 

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