Il y a moins d’un siècle, le terrain sur lequel se trouve actuellement la place Crèvecœur n’était qu’un terrain vague et improductif ayant appartenu longtemps à l’hospice de Calais. Par cet acte passé devant Me Lemaire, notaire à Calais, le 3 avril 1836, M. Jean-Louis Crèvecœur, qui était devenu propriétaire de ce terrain, le donne à la commune de Saint-Pierre, à condition « que le terrain donné servira à perpétuité de place publique ; que cette place portera le nom du donateur ; que les foires et marchés existant actuellement ou qui pourraient être établis dans cette commune auront lieu à proximité sur le terrain donné, ou du moins qu’ils y resteront toujours maintenus et conservés, alors même que leur importance obligerait à conserver supplémentairement d’autres emplacements au même usage, en telle sorte que partie de ces foires et marchés ne pourrait être répartie sur d’autres lieux qu’en cas d’insuffisance du terrain qui fait l’objet de la présente donation, et seulement pour ce qu’il n’en puisse commodément renfermer. »
Une ordonnance royale du 30 mai 1836 autorise le Maire de St-Pierre à accepter, au nom de la Commune, le terrain donné par M. Crèvecœur, propriétaire et Conseiller municipal. Ce terrain contenait 85 ares 70 centiares et était estimé 7105 francs.
Un arrêté du Maire de St-Pierre, en date du 27 août 1836, porte que les foires aux bestiaux, qui ont lieu à St-Pierre les 15 mai, 30 juin et 9 octobre, ainsi que les marchés aux porcs qui ont aussi lieu tous les Samedis, cesseront d’être tenus sur la petite place vis-à-vis de l’hospice civil de Calais et seront transférés sur la nouvelle « place Crèvecœur » située proche la route royale de Calais à Dunkerque et St-Omer, entre le bout de la Grande-Rue et le Pont de St-Pierre.
Le 19 janvier 1837, M. J. Smith, de St-Pierre, faisait imprimer un « Mémoire sur la nécessité d’accorder à St-Pierre-lès-Calais un marché hebdomadaire le Jeudi. »
Ce remarquable mémoire expose qu’une vingtaine d’années auparavant, la commune de St-Pierre était peu importante et n’était d’ailleurs qu’une commune rurale ; mais que « depuis lors l’industrie et la commune sont venus donner la vie à ce corps inepte, et ont fait de cette commune, que l’on appelait le faubourg de Calais, une ville considérable, d’une population presque égale à celle de sa voisine, et qui la surpassera même bientôt. – La ville de St-Pierre qui, en 1320, ne comptait encore que 3.954 habitants, en a aujourd’hui près de huit mille. Elle doit cet accroissement rapide de population à ses nombreuses fabriques de tulle, à son étendue territoriale, qui permet d’y établir à peu de frais et sans entrave toute espèce de manufactures, ainsi qu’à la commodité des canaux et des routes qui sillonnent son territoire. – Elle possède en outre d’autres établissements considérables tels que fabriques de sucre indigène, scieries de bois de construction, des fonderies de fer et de cuivre, des ateliers pour la construction des métiers à tulle, des tanneries, fabrique de chapeaux imperméables, des brasseries, etc., etc. »
Un arrêté du Ministre du Commerce du 31 mai 1838, autorise l’établissement de ce marché qui se tiendra le jeudi de chaque semaine. C’est le marché actuel qui se tient sur la place Crèvecoeur, et qui ne fut réellement installé que quarante ans plus tard, le 25 avril 1878.
Le Conseil Municipal de Saint-Pierre décide, dans sa séance du 14 juillet 1857, de construire un nouvel Hôtel de Ville sur la place Crèvecoeur. Les travaux commencèrent au mois de mars 1858, sous la direction de M. Stensmasht, architecte de la ville qui avait dressé les plans, et les services de la Mairie furent installés dans cet édifice le 6 septembre 1860.
L’Église commencée en 1863 a été livrée au culte au commencement de 1870.
Le bâtiment qui fait face à l’ Hôtel de Ville, sur la place Crèvecoeur fut construit en 1862. Il était destiné à servir de lavoir public et le nom lui est resté. Mais en réalité ce fut l’école primaire supérieure qui y fut installée et qui y demeura jusqu’au moment de son transfert sur la place de la République, il y a une dizaine d’années.