
Ce quai que l’on appelait jadis le batelage et qui, d’après une note du Dr Cuisinier, portait sous la Restauration le nom de « Quai Bourbon », fut longtemps l’endroit le plus animé du vieux St-Pierre.
On lit dans une lettre adressée au Sous-Préfet, à la date du 16 Juin 1807 : « Le canal de Calais à St-Omer est très commerçant…Il a besoin d’être curé. Quatre barques y naviguent à des jours fixes ; elles transportent des voyageurs et toutes sortes de marchandises. Une est destinée pour St-Omer, et les trois autres pour Dunkerque et retour. Leur dimension est de 10 à 15 mètres de quille, sur trois mètres environ de largeur. Leur tirant d’eau, en hiver, quand les eaux sont abondantes, est d’un mètre ¼, et dans la saison actuelle d’un mètre. Il arrive aussi un nombre considérable de bateaux de toute grandeur, munitions de bouche et de guerre, etc. Le plus fort porte jusqu’à soixante tonneaux. »
Il est intéressant, il me semble, d’évoquer ici le souvenir d’une émeute populaire qui eut lieu à St-Pierre en 1791. On était alors dans un moment de disette. Le grain manquait et le pain était cher. Le 4 Décembre, une troupe d’hommes et de femmes arrêtent un bateau chargé de blé, contenant cinquante rasières, sur le canal de Calais à St-Omer, au quai du Commerce. Le pillage commence aussitôt. C’est en vain que l’Administration Municipale essaie d’intervenir. On doit réquisitionner la force armée à Calais. En attendant, le blé du bateau en question est enlevé, ainsi que les grains du grenier de l’entrepositaire, Marie-Louis Fourré. Ce bateau était chargé au nom de Jacques Simon, marchand de grains à St-Inglevert.
Le batelier et le marchand avaient pris la fuite. Ce fut une véritable insurrection. Cent hommes, gardes nationaux et dragons furent envoyés de Calais pour réprimer cette émeute. Les autorités de St-Pierre sont méconnues, insultées, menacées. Cela dura trois jours, et la répression ne put s’exercer parce qu’il y avait trop de coupables et que l’exaspération était extrême.
C ’est dans une maison du quai du Commerce que fonctionna le premier métier à tulle établi à St-Pierre, en 1817. Cette maison se trouvait à l’angle de la rue de Vic et du quai, allant vers le pont de St-Pierre. C’est Webster associé à Clark et à Bonnington qui sont les vrais créateurs de notre belle industrie. Il est à souhaiter que le centième anniversaire de l’établissement de la première fabrique de dentelles mécaniques soit célébré dignement à Calais.
Le vieux St-Pierre prit très vite un rapide accroissement. En 1824 on décida de construire un hôtel de ville. Le 27 Avril de cette année, le Sous-Préfet de Boulogne vint poser la première pierre de cet édifice qui était situé sur le quai du Commerce à l’endroit où se trouve actuellement l’hôpital. Lorsque le Maire de St-Pierre invitait le représentant du Gouvernement à venir poser la 1ère pierre de la « maison commune », il le priait en même temps d’accepter le banquet qui devait avoir lieu immédiatement après la cérémonie de l’heureux passage du Roi dans la commune, le 26 Avril. « La fête commencera, disait la lettre d’invitation, à onze heures du matin par une messe d’action de grâce. » Mais voilà que le curé fait observer que le jour choisi pour cette fête est un jour d’abstinence. On prévient le sous-préfet qu’il a été décidé qu’elle serait remise au lendemain.
L’hospice de St-Pierre, créé en 1861, a été installé dans les bâtiments de l’ancienne mairie, quai du Commerce, lorsque les services municipaux furent installés dans le nouvel hôtel de ville de la place Crèvecoeur. C’est en 1881 que fut décidé la construction de l’hôpital actuel.
On remarque sur le quai du Commerce quelques constructions anciennes, entre autres, l’entrepôt de la maison Sagot dont l’encrage porte sur la façade la date : 1765.