Le nom de cette rue se rencontre déjà dans un acte de 1669. Il évoque le souvenir d’une famille dont Calais et le Calaisis ont éprouvé longtemps les bienfaits.
Louis de Béthune, duc de Charost, fut nommé gouverneur de Calais en 1636. Il avait épousé Marie Fouquet, fille du fameux surintendant dont on connaît la disgrâce et les malheurs. Madame de Sévigné parle, à plusieurs reprises, dans sa correspondance, de la duchesse de Charost et de son mari.
Armand-Joseph de Béthune, duc de Charost, pair de France, maréchal des camps et armées du Roi, lieutenant général dans les provinces de Picardie et Boulonnais, gouverneur des ville et citadelle de Calais et pays reconquis, fit son entrée dans la capitale du Calaisis en 1756. Digne héritier du nom et des vertus de ses ancêtres, il devint en peu de temps l’idole de tout le pays. Louis XV disait de lui : « Il n’a pas beaucoup d’apparence, mais il vivifie trois de mes provinces. »
Les biographes du duc de Charost le signalent à la reconnaissance publique comme un économiste distingué et un ardent philanthrope. Toute sa vie a été une longue suite de services rendus à l’humanité. Il fonda plusieurs hospices, créa de nombreuses écoles. Vingt ans avant la Révolution, il avait aboli la corvée dans ses vastes domaines.
Le duc de Charost s’intéressa vivement au progrès des classes rurales. Il fonda à l’Académie d’Amiens un prix annuel de six cents livres afin de récompenser le meilleur mémoire « touchant des objets relatifs à l’agriculture ».
En 1769, les grains étaient rares et chers. Il y eut une véritable disette. Le duc de Charost offrit des médailles d’or et d’argent aux négociants de Calais qui introduiraient dans cette ville la plus grande quantité de grains venant de l’étranger. Les médailles d’or furent décernées à MM. Mouron et Thin et celle d’argent à M. Mollien.
Notre gouverneur, toujours disposé à être utile, proposa en 1778, une médaille d’or sur le sujet suivant :
« Déterminer, par une description exacte des symptômes, à quel genre de maladie on doit rapporter l’épizootie de 1774, 1775 et 1776, dans la Flandre, l’Ardrésis, le Calaisis, le Boulonnais et l’Artois ; en quoi cette maladie diffère de celles de ce genre, qui ont régné depuis dix ans ; quelle en a pu être la source, et par quelle voie elle s’est communiquée ? S’il y a des faits constatés qui prouvent que l’air contribue à sa propagation, et quels sont les moyens curatifs qui auraient le plus de succès ? »
Dans l’assemblée des notables (1787), le duc de Charost se prononça pour l’égalité de l’impôt, et fit à l’Etat un don volontaire de 100.000 livres, avant le décret sur la contribution patriotique.
Notre ancien gouverneur mourut à Paris le 27 octobre 1800, regretté des malheureux dont il était le soutien. Son éloge funèbre retentit dans toute la France et le préfet du département du Cher, dans lequel il était né et où il possédait de grands biens, invita ses concitoyens à ouvrir une souscription pour lui élever un monument dans la commune de Meillant.
Lorsque parut en 1804, la nouvelle édition du « Théâtre d’Agriculture » d’Olivier de Serres, on put lire sur la liste des souscripteurs le nom de « Charost (Armand-Joseph), correspondant de la Société d’Agriculture du département de la Seine, à Meillant, département du Cher », et plus bas, cette note : « Cet estimable citoyen, que l’Agriculture a perdu, est le premier souscripteur à cet nouvelle édition, et la Société d’Agriculture du département de la Seine a cru devoir rendre hommage à sa mémoire en le conservant sur cette liste. »