Il s’agit d’honorable homme messire Pierre Bernard, ancien mayeur et juge consul de la ville de Calais. Ce n’était pas le premier venu. Mais il doit surtout sa célébrité locale au fameux livre qu’il fit imprimer à St-Omer en 1715 et qui a pour titre : Annales de Calais et du pays reconquis.
Le livre de Bernard est curieux à consulter ; mais, sans parler du style, qui est déplorable, il faut se méfier grandement des erreurs dont il fourmille. Ce sont, à chaque instant, des fables , des légendes, des allégations dépourvus de preuves, des appréciations erronées, des récits inexacts, pour ne pas dire mensongers, car je veux bien admettre la bonne foi de leur auteur, qui péchait plutôt par ignorance et par naïveté que de propos délibéré.
Il est un notre reproche que l’on peut faire à notre analyste : c’est d’avoir rapporté un tas de faits complètement étrangers à l’histoire de Calais et grossi inutilement, de cette façon, son volume. Avec lui nous voyageons, sans trop savoir pourquoi, en Savoie, à Constantinople, dans la Terre-Sainte, en Egypte. En lisant son livre, nous voyons en quelle année sont ns les quatre fils Aymon, héros de la bibliothèque bleue ; nous apprenons en quel temps l’usage des cloches a passé d’Orient en Occident et en quel siècle le pape Sylvestre inventa les horloges, et sans doute aussi les tourne-broches.
Quoi qu’il en soit, tous ceux qui s’occupent de l’histoire de Calais ne peuvent se dispenser de consulter l’ouvrage de Bernard. Il faut lire aussi ce petit chef-d’œuvre d’esprit, de malice et de critique que nous a laissé un magistrat calaisien, Mallet de Brêmes. Je veux parler des Remarques historiques et critiques sur les Annales de Calais qui ont été imprimées à St-Pierre, chez H. Gontier, en 1870.
Mallet de Brêmes avait donné à son travail la forme du dialogue. Le Chercheur, dont les amis de l’histoire locale regrettent toujours la perte, j’ai nommé M. Joire, nous a donné en 1888 une excellente édition du « Dialogue aux Champs-Élysées sur les Annales de Calais et du Pays conquis ».
Pierre Bernard est né à Calais le 12 Décembre 1653. Il s’adonne au commerce et à un moment donné nous le voyons associé avec l’abbé de Beaulieu pour l’exploitation houillères de Fiennes, Réty et Hardinghen. Il fut revêtu des charges les plus honorables de la bourgeoisie. Il fut tour à tour marguillier, échevin, juge-consul et maïeur. Il quitta Calais quelques années avant sa mort et se retira chez son fils, le curé de St-Etienne, où il décéda le 30 Mai 1721.