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Le Président Fallières à Calais
29 mai 1908

Au nombre des présidents de la République qui ont honoré Calais de leur présence, on se souvient d'Armand Fallières. Il était en 1910 aux funérailles des sous-mariniers du "Pluviôse", à la tête d'une cohorte de ministres (dont Aristide Briand), généraux, ambassadeurs, etc.
Cependant, le "père Fallières", comme on le surnommait, avait déjà passé une bonne heure à Calais deux ans plus tôt, à l'occasion d'un voyage à Londres. Sollicité à la fois par Boulogne et par Calais, pour transiter par leur port, Fallières avait tranché : départ par Boulogne, retour par Calais, comme ça pas de mécontents. Vite dit. Entre deux, il y a des élections municipales qui blackboulent à Calais le maire quémandeur.
L'écharpe revient le 17 mai à Emile Salembier qui... hérite du bébé. Il a juste le temps de louer un costume de cérémonie car le président doit débarquer le 29 mai. Son rôle de maire est de l'accueillir avec déférence et il ne s'y dérobe pas. Pour le reste, tout est au point.
Au jour dit, gros émoi. Alors qu'un banquet de deux cents couverts est préparé dans la grande galerie de la gare maritime pour les personnalités venues saluer le chef de l'Etat et que tout le monde fait le pied de grue dans l'attente du président, une dépêche annonce que le débarquement se fera à Boulogne en raison du mauvais temps. Quel raffut ! Déjà, le train présidentiel s'en va. Heureusement, des forces occultes interviennent. Le changement est annulé. Le train détourné revient à Calais.
A 13 heures, le paquebot présidentiel, la malle "Nord", entre au port pour s'amarrer au sas des écluses Carnot. Le commandant Vampouille doit bien viser. Son bateau, avec ses énormes roues à aubes, fait 21,50m de largeur et le sas mesure 22 mètres. Tout se passe bien. Le père Fallières met pied à terre. Il essaie de comprendre le souhait de bienvenue d'Emile Salembier dont la voix est couverte par les 101 coups de canons de la batterie du bastion 1 et la Marseillaise jouée, par la musique du 8e R.I., encadrée de dragons. Le défilé se fait au petit trot car il pleut.
A la mairie, place Crèvecoeur, Salembier et Henri Hénon, président de la Chambre de Commerce, y vont de leur petit couplet sur Calais. Leur illustre visiteur répond brièvement en félicitant Calais... d'être favorable à l'entente cordiale. Visiblement, tout cela l'ennuie. Il n'a qu'une hâte : retrouver sa calèche et filer à la gare centrale où un train spécial est sous pression pour le ramener à Paris.
A 14h30, c'est l'heure des adieux. Nouvelle salve de 101 coups de canons. Le train disparaît à l'horizon.

 

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