Diaporama
 

Retour à l'Accueil

La Catastrophe du Pluviôse

Le Pas-de-CalaisLe jeudi 26 mai 1910, à 13 h 30, le "ferry-boat" français "Pas-de-Calais", appartenant à la Société du Chemin de Fer du Nord, quitte Calais en direction de Douvres avec 289 passagers à bord. La mer est calme, le temps beau, la route libre. Le commandant Salomon est sur la passerelle, entouré de ses officiers.

A 14 h, le navire se trouve à environ un mille au large de Calais, juste devant l'entrée du port. Soudain marins et passagers ressentent un choc bizarre, une légère mais profonde secousse qui se répercute dans tout le bâtiment. Le commandant Salomon comprend ce qui vient de se passer : il a éperonné l'un des deux sous-marins partis quelques heures plus tôt pour effectuer au large de Calais des exercices de plongée. Tout de suite, l'officier ordonne de mettre à la mer des canots de sauvetage. Mais au moment où les embarcations vont aborder le sous-marin, ce dernier, dans un grand remous, disparaît dans les flots. Sérieusement avarié, le "Pas-de-Calais" fait demi-tour et regagne le port.

Déjà, une foule énorme a envahi les quais, la terrible nouvelle se répand dans toute la ville : "Le sous-marin "Pluviôse" a coulé ! Vingt-sept hommes sont à son bord, vingt-quatre marins et trois officiers dont le lieutenant de vaisseau Callot, commandant du bâtiment".  Le canot de sauvetage "Edmée et Renée", du port de Calais, se rend aussitôt sur les lieux du naufrage, bientôt suivi par le remorqueur "Calaisien" de la Chambre de Commerce, puis par deux contre-torpilleurs, "Le Tourbillon" et "Le Grenadier", arrivés le matin même de Cherbourg. Tous les scaphandriers du port sont réquisitionnés. Vers 18 h, l'épave est repérée par 22 mètres de fond. Malheureusement, les scaphandriers ne peuvent se maintenir au fond. En outre, le temps fraîchit et la mer devient houleuse. Le lendemain, vendredi 27 mai 1910, la France entière est au courant.

A l'aube, le préfet du Pas-de-Calais arrive, précédé de l'amiral Boué, de Lapeyre, ministre de la Marine et de M. Cheron, secrétaire d'état, informés dans la nuit de la catastrophe. Le ministre se rend à bord de la drague "Ridens" qui stationne au-dessus de l'épave et se fait expliquer les manœuvres de sauvetage.

Le samedi 28 mai, au matin, quatre filins sont enfin fixés à l'épave, après mille difficultés. On attend la marée montante pour renflouer le bâtiment. Avant de regagner Paris, le ministre rend visite aux familles des disparus. Une femme se jette en pleurs à ses pieds : "Rendez-moi mon mari !" le supplie-t-elle. Hélas, la mer est si forte que l'opération de renflouement est reportée au lendemain.

Le 29 mai, les travaux n'avancent toujours pas du fait d'une mer démontée. Le 30 mai, la mer est de plus en plus mauvaise. Les 1er et 2 juin, même situation. Le 3 juin enfin, les opérations commencent. Les manœuvres sont longues et délicates.

Le 6 juin, le submersible est remonté de quatre mètres. L'épave est lentement acheminée vers le port. A 5 h du matin, violemment secoué par la houle, il heurte et coule bas un des chalands qui le remorque. Tout est à recommencer, de plus la tempête recommence et on devra attendre le 11 juin pour voir les sauveteurs ramener le "Pluviôse" dans le port. A l'aube, les médecins pénètrent à l'intérieur. Le premier cadavre qu'ils découvrent est celui du quartier-maître Lebreton, à moitié nu, recroquevillé dans un coin du kiosque, le visage décomposé par la souffrance. Au moment de l'abordage, le malheureux s'était précipité dans le kiosque. Il y est mort asphyxié lentement. Ses compagnons sont morts presque instantanément, foudroyés par les émanations acides, provoquées par l'irruption de l'eau de mer sur les batteries électriques.

Les victimes du Pluviôse

  • Capitaine de frégate Ernest Prat, commandant de la base sous-marine de Calais. Célibataire. Inhumé à Castres (Tarn).
  • Lieutenant de vaisseau Maurice Callot, commandant du Pluviôse. Marié, 2 enfants. Inhumé à Paris, cimetière du Père-Lachaise.
  • Enseigne de vaisseau Pierre Engel, commandant en second. Célibataire. Inhumé à Mulhouse (Haut-Rhin).
  • Premier-maître torpilleur Jules Fontaine. Marié, 2 enfants. Inhumé à Granville (Manche).
  • Second-maître Alexandre Le Prunennec, patron-pilote. Marié. Inhumé à Cherbourg (Manche).
  • Quartier-maître torpilleur Pierre Lemoine. Marié, 1 enfant. Inhumé à Pleurtuit (Ille-et-Villaine).
  • Quartier-maître torpilleur Hilaire Huet. Marié, 2 enfants. Inhumé à Barbeville (Calvados).
  • Quartier-maître de timonerie Pierre Le Breton. Marié. Inhumé à Plouha (Côtes d'Armor).
  • Quartier-maître de manœuvre Roland Le Moal. Célibataire. Inhumé à Hôpital-Camfrout (Finistère).
  • Quartier-maître de timonerie Claude-Joseph Le Floch. Célibataire. Inhumé à Plonéis (Finistère).
  • Quartier-maître torpilleur Pierre-Louis Le Floch. Célibataire. Inhumé à Plouharnel (Morbihan).
  • Quartier-maître torpilleur Prosper Liot. Célibataire. Inhumé à Bricqueville-sur-Mer (Manche).
  • Matelot torpilleur Joseph Batard. Célibataire. Inhumé à Lantic (Côtes d'Armor).
  • Matelot torpilleur Adrien Gautier. Célibataire. Inhumé à Saint-Brieuc (Côtes d'Armor).
  • Second-maître mécanicien Jean-Louis Moren. Marié, 2 enfants. Inhumé au Faouët (Morbihan).
  • Second-maître mécanicien torpilleur Albert Gras. Marié. Inhumé à Cherbourg (Manche).
  • Quartier-maître mécanicien Abel Henry. Marié, 1 enfant. Inhumé à Calais (Pas-de-Calais).
  • Quartier-maître mécanicien Yves Appéré. Marié, 2 enfants. Inhumé à Brest (Finistère).
  • Quartier-maître mécanicien torpilleur Joseph-Marie Scollan. Marié, 2 enfants. Inhumé à Brest (Finistère).
  • Quartier-maître mécanicien torpilleur Marcel Brésillon. Célibataire. Inhumé à Conflans-sur-Seine (Marne).
  • Quartier-maître mécanicien Louis Gauchet. Marié, 1 enfant. Inhumé à Montgivray (Indre).
  • Second-maître mécanicien Jean-Joseph Moulin. Célibataire. Inhumé à Saint-Maurice (Val-de-Marne).
  • Quartier-maître mécanicien torpilleur Georges Warin. Célibataire. Inhumé à Paris.
  • Quartier-maître mécanicien Henri Chandat. Célibataire. Inhumé à Saligny-sur-Roudon (Allier).
  • Quartier-maître mécanicien torpilleur Auguste Delpierre. Célibataire. Inhumé à Calais (Pas-de-Calais).
  • Quartier-maître mécanicien torpilleur François Manach. Célibataire. Inhumé à Le Tréhou (Finistère).
  • Matelot cuisinier Alfred Carbon. Célibataire. Inhumé à Le Havre (Seine-Maritime).
 

© 2009 Calais-Ville